Note de terrain n°17
−28,3 %. C'est la chute des embauches en CDI des 21-29 ans dans les métiers les plus exposés à l'IA générative, depuis fin 2022. Dans les métiers peu exposés, la baisse n'est que de 7,5 %. L'écart entre les deux, c'est l'empreinte de la technologie.
Le chiffre sort d'une étude publiée jeudi par le LIFT d'HEC Paris et la Banque de France — la première qui mesure le phénomène en France. Au total, les chercheurs estiment la perte à 75 000 embauches en CDI par an. Et chez les jeunes développeurs, le repli atteint 42 %.
Il y a quelques jours, dans la note n°16, je posais une question restée ouverte : qui forme les seniors de dans dix ans ? Ce qui relevait alors d'une observation de terrain vient de recevoir un début de réponse chiffrée.
Ce que ces chiffres confirment, c'est que l'ajustement ne se fait pas par des licenciements massifs mais par une porte d'entrée qui se referme. Les quadras et les quinquas en poste sont relativement épargnés, tandis que les jeunes diplômés ne sont simplement plus recrutés. L'étude est précise sur les métiers concernés : développeurs, analystes, traducteurs, journalistes, fonctions juridiques et administratives juniors subissent le repli le plus marqué, pendant que les métiers protégés, comme ceux du BTP, résistent. C'est exactement le mécanisme que nous observons dans le conseil : on ne se sépare pas des équipes, on cesse de les renouveler par le bas.
Le phénomène est d'autant plus trompeur qu'il est silencieux. Un plan social se voit, fait la une et mobilise les partenaires sociaux. Un poste junior qu'on n'ouvre pas ne se voit nulle part, sinon dans les statistiques d'insertion des écoles, avec deux ou trois ans de retard.
Étude : A. Bergeaud, A. Bertheau, S. Bunel, O. Degos, M. G. Palladino — LIFT (HEC Paris) & Banque de France, oct. 2026.




