Note de terrain n°16
Un métier ne s'apprend pas dans les livres. Il s'apprend sur le terrain, en se confrontant à des tâches élémentaires : refaire un slide trois fois, reformuler un brief client, dérouler une analyse et se tromper, comprendre pourquoi. C'est ingrat, c'est lent, et c'est exactement comme ça qu'on fabrique des professionnels.
Or ces tâches élémentaires sont précisément celles que l'IA absorbe en premier. Pas les plus complexes, les plus simples. Celles qui formaient.
Dans le conseil, on le voit déjà dans les arbitrages de recrutement. Moins d'analystes, moins de BA, moins de consultants juniors. Et soyons honnêtes, le calcul est doublement rationnel : on ne renonce pas seulement à facturer un junior, on économise son salaire, sa formation et le risque d'intercontrat, pendant que les seniors produisent plus vite avec l'IA. Chaque cabinet, pris isolément, prend la bonne décision. L'audit vit la même chose, avec une pyramide encore plus industrialisée. L'expertise comptable et le juridique suivent.
Le problème ne se voit pas aujourd'hui. Il se verra dans les années qui viennent, quand ces jeunes qui n'auront pas eu l'occasion d'apprendre devront prendre la relève de seniors qui, eux, ont appris à l'ancienne.
On peut parier que le modèle se reconvertira. Que les tâches des seniors d'aujourd'hui seront elles aussi automatisées, et que les jeunes apprendront autre chose, autrement, avec l'IA. C'est possible. Mais personne n'a encore démontré à quoi ressemble ce nouveau parcours d'apprentissage. En attendant, on démonte l'ancien canal de formation avant d'avoir construit le suivant.




