Note de terrain n°7
Depuis quelques mois, le mot "agent" a envahi tous les fils LinkedIn, toutes les conférences, tous les pitches de prestataires. Un agent qui prospecte, un agent qui rédige, un agent qui analyse, un agent qui décide. La promesse est toujours la même : de l'autonomie bout en bout, sans intervention humaine.
Chez un grand groupe de construction que nous avons accompagné, le projet semblait simple à formuler : automatiser le processus d'approvisionnement. Extraction des demandes d'achat depuis les documents entrants, reformatage structuré, envoi aux fournisseurs concernés, puis analyse des réponses en croisant l'historique qualité, délai et prix pour donner aux approvisionneurs un outil d'aide à la décision.
Aujourd'hui, tout le monde appellerait ça un agent. Nous avons construit quatre modules distincts, chacun avec son périmètre, ses règles de validation, et un approvisionneur qui reste dans la boucle à chaque étape importante. Le système extrait et reformate, mais c'est l'humain qui valide avant l'envoi. Le système analyse les offres et propose un classement, mais c'est l'approvisionneur qui arbitre et signe.
Ce que nous avons appris en le construisant, c'est que la valeur n'était pas dans l'autonomie du système mais dans la qualité de chaque maillon. Une extraction qui rate dix pourcent des demandes ne rend pas service, même si le reste de la chaîne est parfait. Une analyse des offres qui ignore un critère de fiabilité fournisseur peut coûter cher à l'arrivée. Chaque module devait être fiable individuellement avant d'être chaîné aux autres.
Ce que nous construisons ressemble plutôt à ça : plusieurs fonctions précises, bien calibrées, où l'humain reste présent aux moments qui comptent. C'est moins spectaculaire en démo. C'est ce qui tourne en production.
La preuve avant la promesse.




