Note de terrain n°3
Sur l'un de nos premiers cas d'usage, le modèle était fonctionnel au bout de neuf jours. Je m'en souviens bien parce que nous étions plutôt fiers du délai, et que la suite nous a ramenés sur terre. Il a fallu attendre trois semaines pour obtenir un accès aux données réelles, puis deux comités pour faire trancher une question de périmètre que personne ne voulait arbitrer, puis encore un mois pour que le référent métier dégage les créneaux nécessaires aux tests avec son équipe.
Autrement dit, ce qui relevait de la technologie a été réglé en une dizaine de jours, et tout ce qui relevait de l'organisation en a demandé une soixantaine. Le plus intéressant dans cette histoire, c'est que le projet s'est bien terminé, puisqu'il tourne encore aujourd'hui.
Nous avons compris quelque chose à ce moment-là qui est devenu le fondement de notre façon de travailler. Plus personne ne doute sérieusement des capacités des modèles, et ce n'est donc pas cela qu'un POC met à l'épreuve. Ce qu'il révèle vraiment, c'est la façon dont une organisation accède à ses propres données, la manière dont elle arbitre quand une question dérange, et le temps qu'elle met à accepter de confier un outil imparfait à de vraies équipes plutôt que d'attendre une perfection qui ne viendra pas.
C'est aussi pour cette raison qu'un POC bien mené vaut beaucoup plus que son livrable. Il cartographie, à petit prix, les obstacles que rencontreront tous les projets suivants. Les accès qui demandaient trois semaines la première fois n'en demandent plus qu'une la fois d'après, les circuits de décision se rodent, et la confiance gagnée auprès des équipes reste acquise pour la suite.
La preuve avant la promesse.



